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"Ce projet représente plus de deux années de travail et prend pour point de départ l'envie de raconter la maladie de mon père, ses conséquences et ses transformations. Comment tout reconstruire autour d'un homme mutilé par les opérations et devenu dépendant ? Cette épreuve ne doit-elle finalement pas être plutôt envisagée comme une aubaine de pouvoir faire une nouvelle rencontre avec cet homme au caractère dur ?

Le récit aborde le thème de façon surréaliste. Le père n'est pas malade mais subit des transformations. On ne parle pas de trachéotomie ou de respirateur artificiel mais d'un nez porté comme une parure et d'un poumon à roulettes qu'il doit tirer derrière lui comme une valise.

Le livre est composé d'une succession d'allégories et le texte est  comme un fil de couture qui vient créer un lien entre les différents chapitres , les différentes ambiances et mises en scène. En effet, ce qui est étonnant c'est que le personnage du père est changeant, il bouge au gré des métaphores. C'est pas parce qu'on lui a retiré sa bouche dans un chapitre, qu'il n'aura plus de bouche dans la suite du livre. Ainsi, il est une fois géant, une fois sans visage, une fois enfant, une fois rocher, une fois immense silhouette noire. Sa représentation s'adapte à ce que dit le texte et fait de lui un personnage mouvant, insaisissable, sans cesse refaçonné.

J'essaie de le comprendre et de l'analyser. Je réfléchis à voix haute à toute une série d'hypothèses emmenant le lecteur avec moi dans différents voyages poétiques et mettant en évidence toute la richesse et la complexité de son caractère. Est-ce un enfant fragile ou un homme aussi râpeux qu'un rocher ? Est- ce une personne faible qui attend la mort ou un roi tyrannique,  incapable d'éprouver un peu de reconnaissance ? 

 J'ai souvent envie d'employer le terme de "spectacle littéraire" pour parler de ce livre. Car, au commencement, il ne s'agissait que d'un texte et d'un travail d'écriture sur plusieurs périodes. Ensuite, sont venues les images. Je ne voulais pas "illustrer" mais "mettre en scène". C'est quelque chose de fondamental pour moi. Mes personnages, je les imagine, toujours, être des acteurs, des danseurs. On les voit de loin comme au théâtre, ils sont toujours pieds nus comme lors d'une répétition. J'attache beaucoup d'importance à leur gestuelle, à leur déplacement. Pour moi, les hommes en blanc ne sont pas seulement des médecins mais aussi un groupe de danseurs aux actions souvent synchronisées. Dans chaque chapitre, j'invente un décor et une logique. Ensuite, je fais entrer les acteurs et je joue avec eux."

Marion Fayolle

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La Tendresse des Pierres, de Marion Fayolle

Si j’avais dû trouver un élément pour symboliser mon père, j’aurai choisi les pierres. Mais, attention pas les galets lisses et doux. Non plutôt, les rochers qui piquent les pieds si on leur marche dessus sans chaussures. Ceux qui sont recouverts d’aspérités. Ceux qui râpent, qui coupent, qui sont agressifs et froids. Mon père était un rocher sur lequel on aurait s’agripper sans se blesser. Sous lequel on aurait aimé s’abriter sans se sentir menacé.

Marion Fayolle réalise un chef d’œuvre éblouissant sur la recherche d’un amour manqué, celui d’un père à l’agonie. Un homme dur et insaisissable dont on souhaite réanimer la vie et l’amour. La Tendresse des Pierres sublime par delà toutes les richesses des rapports texte et image les possibilités artistiques et littéraires d’une bande dessinée moderne que l’auteur enrichit par les influences du surréalisme et du nouveau roman. Jean-Luc Godard disait de lui Je suis un peintre qui fait de la littérature , une définition qui convient parfaitement à ce livre de Marion Fayolle.

Livre relié, couleur, 144 pages, à paraître le 23 octobre en librairie